FREN 444
Travaux pratiques: stylistique et traduction


Les manipulations verbales


Greg Lessard, Études françaises, Queen's University
2015

Les transformations textuelles

Raymond Queneau: Exercices de style, Paris, 1947

Variantes d'un même texte

Notations

Dans l'S, à une heure d'affluence. Un type dans les vingt-six ans, chapeau mou avec cordon remplaçant le ruban, cou trop long comme si on lui avait tiré dessus. Les gens descendent. Le type en question s'irrite contre un voisin. Il lui reproche de le bousculer chaque fois qu'il passe quelqu'un. Ton pleurnichard qui se veut méchant. Comme il voit une place libre, se précipite dessus.

Deux heures plus tard, je le rencontre cour de Rome, devant la gare Saint- Lazare. Il est avec un camarade qui lui dit : "tu devrais faire mettre un bouton supplémentaire à ton pardessus."; il lui montre où (à l'échancrure) et pourquoi.

Récit

Un jour vers midi du côté du parc Monceau, sur la plate-forme arrière d'un autobus à peu près complet de la ligne S (aujourd'hui 84), j'aperçus un personnage au cou fort long qui portait un feutre mou entouré d'un galon tressé au lieu de ruban. Cet individu interpella tout à coup son voisin en prétendant que celui-ci faisait exprès de lui marcher sur les pieds chaque fois qu'il montait ou descendait des voyageurs. Il abandonna d'ailleurs rapidement la discussion pour se jeter sur une place devenue libre. Deux heures plus tard, je le revis devant la gare Saint-Lazare en grande conversation avec un ami qui lui conseillait de diminuer l'échancrure de son pardessus en en faisant remonter le bouton supérieur par quelque tailleur compétent.

En partie double

Vers le milieu de la journée et à midi, je me trouvai et montai sur la plate-forme et la terrasse arrière d'un autobus et d'un véhicule des transports en commun bondé et quasiment complet de la ligne S et qui va de la Contrescarpe à Champerret. Je vis et remarquai un jeune homme et un vieil adolescent assez ridicule et pas mal grotesque : cou maigre et tuyau décharné , ficelle et cordelière autour du chapeau et couvre-chef. Après une bousculade et confusion, il dit et profère d'une voix et d'un ton larmoyants et pleurnichards que son voisin et covoyageur fait exprès et s'efforce de le pousser et de l'importuner chaque fois qu'on descend et sort. Ceci déclaré et après avoir ouvert la bouche, il se précipite et se dirige vers une place et un siège vides et libres...

Exclamations

Tiens! Midi! temps de prendre l'autobus! que de monde! que de monde! ce qu'on est serré! marrant! ce gars-là! quelle trombine! et quel cou! soixante-quinze centimètres! au moins! et le galon! le galon! je n'avais pas vu! le galon! c'est le plus marrant! ça! le galon! autour de son chapeau! Un galon! marrant! absolument marrant! ça y est le voilà qui râle! le type au galon! contre un voisin! qu'est-ce qu'il lui raconte! l'autre! lui aurait marché sur les pieds! ils vont se ficher des gifles! pour sûr! mais non! mais si! va h y! va h y! mords y l'oeil! fonce! cogne! mince alors! mais non! il se dégonfle! le type! au long cou! au galon! c'est sur une place vide qu'il fonce! oui! le gars! eh bien! vrai! non! je ne me trompe pas! c'est bien lui! là-bas! dans la Cour de Rome! devant la gare Saint-Lazare! qui se balade en long et en large! avec un autre type! et qu'est-ce que l'autre lui raconte! qu'il devrait ajouter un bouton! oui! un bouton à son pardessus! À son pardessus!

L'imparfait

C'était midi. Les voyageurs montaient dans l'autobus. On était serré. Un jeune monsieur portait sur sa tête un chapeau qui était entouré d'une tresse et non d'un ruban. Il avait un long cou. Il se plaignait auprès de son voisin des bousculades que ce dernier lui infligeait. Dès qu'il apercevait une place libre, il se précipitait vers elle et s'y asseyait. Je l'apercevais plus tard, devant la gare Saint-Lazare. Il se vêtait d'un pardessus et un camarade qui se trouvait là lui faisait cette remarque: il fallait mettre un bouton supplémentaire.

Passé simple

Ce fut midi. Les voyageurs montèrent dans l'autobus. On fut serré. Un jeune monsieur porta sur sa tête un chapeau entouré d'une tresse, non d'un ruban. Il eut un long cou. Il se plaignit auprès de son voisin des bousculades que celui-ci lui infligea. Dès qu'il aperçut une place libre, il se précipita vers elle et s'y assit. Je l'aperçus plus tard devant la gare Saint-Lazare. Il se vêtit d'un pardessus et un camarade qui se trouva là lui fit cette remarque: il fallut mettre un bouton supplémentaire.

Le passé simple

  • Un temps littéraire
  • Décalage par rapport au monde actuel
  • Presque toujours en langue écrite
  • Surtout à la troisième personne

Quand?

  • En 1857, elle fit son premier voyage.
  • En apercevant le serpent, je fis un pas en arrière.
  • En 2057, elle arriva à la colonie lunaire pour la première fois.

Formes du passé simple

  • je MARCHER
  • tu ARRIVER
  • elles TOMBER
  • nous CHANTER
  • il FINIR
  • elles FINIR
  • je COURIR
  • elle MOURIR
  • ils COURIR

Conjuguer au passé simple

  • VOIR (je, il, nous, elles)
  • PRENDRE (je, il, nous, elles)
  • ÊTRE (je, il, nous, elles)
  • AVOIR (je, il, nous, elles)

Mettre au passé simple

Silencieusement, elle s’est levée. Elle a mis ses vêtements et sans allumer, elle a ouvert la porte. Les autres dormaient encore.

Elle a pris ses clés sur le comptoir et elle a bu un peu de jus. Elle a laissé une note rapide pour s’excuser de son départ imprévu.

Il faisait froid dehors, et elle a mis du temps à desserrer la chaîne de sa bicyclette. Elle l’a enfourchée et elle s’est mise à pédaler.

Soudainement, derrière elle, elle a pu entendre une petite voix qui pleurait. Elle a tourné la tête et il est sorti des ombres …

Situer les événements dans le temps et traduire en anglais

Le 15 septembre 1840, vers six heures du matin, la Ville-de-Montereau, près de partir, fumait à gros tourbillons devant le quai Saint-Bernard.

Des gens arrivaient hors d'haleine ; des barriques, des câbles, des corbeilles de linge gênaient la circulation ; les matelots ne répondaient à personne ; on se heurtait ; les colis montaient entre les deux tambours, et le tapage s'absorbait dans le bruissement de la vapeur, qui, s'échappant par des plaques de tôle, enveloppait tout d'une nuée blanchâtre, tandis que la cloche, à l'avant, tintait sans discontinuer.

Enfin le navire partit ; et les deux berges, peuplées de magasins, de chantiers et d'usines, filèrent comme deux larges rubans que l'on déroule.

Les moments de narration: le français

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On the 15th of September, 1840, about six o'clock in the morning, the Ville de Montereau, just on the point of starting, was sending forth great whirlwinds of smoke, in front of the Quai St. Bernard.

People came rushing on board in breathless haste. The traffic was obstructed by casks, cables, and baskets of linen. The sailors answered nobody. People jostled one another. Between the two paddle-boxes was piled up a heap of parcels; and the uproar was drowned in the loud hissing of the steam, which, making its way through the plates of sheet-iron, enveloped everything in a white cloud, while the bell at the prow kept ringing continuously.

At last, the vessel set out; and the two banks of the river, stocked with warehouses, timber-yards, and manufactories, opened out like two huge ribbons being unrolled.

Source: Project Gutenberg

Les moments de narration: l'anglais

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Situer les événements dans le temps et traduire en anglais

Un jeune homme de dix-huit ans, à longs cheveux et qui tenait un album sous son bras, restait auprès du gouvernail, immobile. A travers le brouillard, il contemplait des clochers, des édifices dont il ne savait pas les noms ; puis il embrassa, dans un dernier coup d'oeil, l'île Saint-Louis, la Cité, Notre-Dame ; et bientôt, Paris disparaissant, il poussa un grand soupir.

M. Frédéric Moreau, nouvellement reçu bachelier, s'en retournait à Nogent-sur-Seine, où il devait languir pendant deux mois, avant d'aller faire son droit. Sa mère, avec la somme indispensable, l'avait envoyé au Havre voir un oncle, dont elle espérait, pour lui, l'héritage ; il en était revenu la veille seulement ; et il se dédommageait de ne pouvoir séjourner dans la capitale, en regagnant sa province par la route la plus longue.

A young man of eighteen, with long hair, holding an album under his arm, remained near the helm without moving. Through the haze he surveyed steeples, buildings of which he did not know the names; then, with a parting glance, he took in the Île St. Louis, the Cité, Nôtre Dame; and presently, as Paris disappeared from his view, he heaved a deep sigh.

Frederick Moreau, having just taken his Bachelor's degree, was returning home to Nogent-sur-Seine, where he would have to lead a languishing existence for two months, before going back to begin his legal studies. His mother had sent him, with enough to cover his expenses, to Havre to see an uncle, from whom she had expectations of his receiving an inheritance. He had returned from that place only yesterday; and he indemnified himself for not having the opportunity of spending a little time in the capital by taking the longest possible route to reach his own part of the country.

Source: Project Gutenberg